S'engager et tenir

Une aventure riche et exigeante.


Pour venir à l'école, il faut avoir du désir d'école, et c'est difficile. Difficile à construire, difficile à entretenir. Et c'est loin de suffire ! Il n'y a rien de naturel dans l'engagement en scolarité. S'engager dans un parcours et s'y tenir est, sauf à avoir un histoire qui y prédestine et à être placé dans des conditions favorables, un véritable exploit.

Dans les Structures de Retour à l'École, nous travaillons non "dans la marge", mais "à la marge", au front, dans un corps à corps passionnant, au contact avec d'autres mondes. Dans son retour en formation, un jeune qui a décroché reste souvent "assis sur le bord", en équilibre précaire, et c'est souvent ainsi qu'il faut l'accueillir et l'accompagner. Les tentatives pour le faire basculer vraiment ou nettement vers le dedans conduisent en effet souvent à le repousser dehors. Comme nous tentons de maintenir les jeunes sur le pont même lorsque leurs démons viennent les chercher, l'embarcation est souvent bien secouée, et nous aussi. Il y a ceux que nous ne parvenons pas à retenir, les démons gagnent la bataille, parfois... Nous avons le mal de mer, souvent.

Quand la fatigue et l'épuisement se manifestent chez les jeunes, c'est le désir enfoui au-delà des angoisses qu'il faut aller chercher pour restaurer les conditions de la poursuite de l'aventure. Les jeunes sont admirables dans leur demande d'école et dans leurs efforts, mais dans leurs hésitations, leurs reculs et leurs retours, leurs manquements et leurs réengagements, ils peuvent être terriblement épuisants, consommant parfois le plus gros des ressources de celles et ceux qui les accompagnent. Lorsque dans leur tentative ils parviennent à accepter l'aide qui leur est offerte, ils laissent souvent voir leurs blessures, et il faut alors mobiliser beaucoup d'énergie pour reconnaître et considérer sans chercher à savoir autre chose que ce qu'ils ont bien voulu dévoilé, pour prendre toujours soin sans prétendre guérir.

La confiance accordée aux équipes dans nos structures permet d'imaginer des solutions originales qu'il serait impossible d'envisager dans un cadre ordinaire. La confiance que nous accordons aux jeunes est aussi sans rapport avec celle qu'il est possible d'accorder dans un contexte habituel. Les jeunes que nous accueillons, déjà bien "cabossés" par la vie, porteurs de blessures souvent encore ouvertes, bousculent en permanence tout ce que nous tentons d'installer. L'essentiel se joue sur le terrain d'une lucidité déterminée et d'une confiance renouvelée autant de fois que nécessaire.

Tout peut bouger : les modalités de leur engagement, leur disponibilité, les solutions que nous mettons en place, les parcours que nous définissons... La seule chose qui doit tenir, coûte que coûte, c'est la confiance que nous leur accordons. Même lorsque la tempête fait rage, même lorsqu'ils ne parviennent pas, de leur côté, à nous faire confiance.

Il faut, pour qu'ils se reconstruisent, qu'ils puissent s'appuyer sur quelque chose qui ne se dérobe jamais, qui "tient bon". Le premier "cadre" dont ils ont besoin, c'est la confiance que nous leur accordons inconditionnellement. Alors, parfois, ils parviennent à reprendre confiance, en nous souvent d'abord, puis, un peu plus tard, en eux.

L'aventure est exigeante mais riche, le voyage mouvementé mais beau. Les rencontres chaleureuses se font au détour des combats menés en commun et des moments d'apaisement entre deux crises.

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