
Vous avez décidé de tenter ensemble d’atteindre le sommet. Parce que vous le voulez. Parce que vous aviez commencé à grimper, et que vous aviez été interrompus. Parce qu’il n’y a pas de raison, sous prétexte que vous aviez été empêchés d’aller plus loin, que vous ne puissiez pas, vous aussi, réussir l’ascension.
Alors, voilà, vous êtes partis. Avec du courage et beaucoup de volonté, vous avez décidé de monter. Vous avez proposé à quelques guides qui trouvaient votre projet admirable de partir avec vous pour vous aider. Depuis, vous grimpez avec eux.
Maintenant, vous approchez du sommet tant convoité.
La respiration, à cette altitude, est plus difficile. Quelques fois, vous avez été contraints de vous arrêter pour reprendre votre souffle. Les jambes sont douloureuses. La pente est raide. Bien raide. Plus, peut-être, que vous ne l’aviez jamais imaginé. Vous faites quelques pauses. Pas trop longtemps, juste un moment. Pas trop longtemps, parce que vous ne pourriez pas repartir, et parce que le soleil se couche tôt en montagne. Il faut atteindre, si ce n’est le sommet, au moins le refuge avant la nuit. Un moment, juste un moment, et on repart. Les pieds sont marqués, blessés. Des ampoules contrarient votre marche. Vous avez des cailloux dans les chaussures, des blessures anciennes se réveillent. Certaines sont à vif. Mais vous marchez. Plus ou moins bien. Les guides aussi accusent le coup.
Le sommet est là, au-dessus, à quelques heures de marche. Les guides vous ont indiqué quels chemins choisir pour éviter les plus escarpés, les plus dangereux. Vous montez tous, hors de question que l’un d’entre vous reste sur le bord de la route. Vous veillez tous les uns sur les autres. La performance est individuelle, mais l’aventure collective.
Vous avez pourtant parfois eu le sentiment d’être seuls sur le chemin. Avec vos douleurs, avec vos doutes… Mais lorsque vous êtes repartis, dans les moments les plus difficiles, ce sont les regards, les sourires, ces petits moments de complicité et de confiance partagée qui vous ont portés, encouragés, rassurés.
Arrivés au refuge, vous regarderez le soleil se coucher, et, avant de rejoindre le dortoir, vous préparerez vos sacs pour la grande montée. Vous devrez rester bien concentrés, bien écouter les conseils qui seront prodigués pour préparer les sacs, les chaussures, le matériel, de quoi boire et manger pour affronter la montée. Une bonne préparation, même de dernière minute, conditionne les chances de réussir l’ascension.
Vous demanderez aux guides comment panser les plaies au mieux, comment mettre dans vos chaussures de quoi tenir et moins souffrir. Vous n’oublierez pas le chapeau pour le soleil, il frappe fort là-haut ! Il faut prévoir, apprendre à vous protéger. Vous ferez quelques mouvements utiles pour combattre douleurs et courbatures, vous apprendrez comment mieux maitriser votre respiration.
Vous serez nombreux à atteindre le sommet. Quelques-uns devront laisser le groupe dans la dernière montée. Non pour renoncer, mais pour patienter, pour se préparer à nouveau. Juste pour patienter. Ils tenteront, un peu plus tard, l’ascension par l’autre versant.
Une bonne partie de ceux qui n’avaient pas réussi tout de suite réussiront alors. Ceux qui n’y parviendront pas encore redescendront dans la vallée avec les guides pour préparer la prochaine expédition, fiers de leur tentative, armés de leur courage et déterminés dans leur entreprise. Avec peut-être un matériel ou un itinéraire différent.
De là-haut, ceux qui auront atteint le sommet feront signe à tous ceux de vos familles et vos amis qui attendaient cet instant avec impatience, ou qui n’y croyaient pas ou plus. Avec une fierté non dissimulée et bien légitime !
Ceux qui auront tout tenté sans réussir cette fois auront autant de raisons d’être fiers ! Le chemin parcouru et l’effort fait attesteront incontestablement de leur réussite à venir ! Les guides le savent, par expérience et par conviction : l’échec d’une tentative sérieuse est une étape vers la victoire.