
Ils reviennent à l'école après avoir interrompu leur parcours, et nous faisons chaque jour avec eux l'expérience du soin prodigué qui ne suffit pas.
Nous les accueillons dans des conditions privilégiées, avec une attention particulière. Nous les "perdons" pourtant régulièrement. Nous les retrouvons souvent au prix de tentatives répétées, de moments d'éloignement et de rapprochement.
Ils nous rejoignent le plus souvent, mais rien n'est jamais gagné. Ils nous échappent souvent à nouveau, reviennent, se perdent eux-mêmes parfois.
Ils se perdent souvent le matin en tentant de rejoindre la clairière que nous entretenons pour eux. Nous passons le gros de notre temps à dégager les accès, à mettre en évidence la lumière, à nous risquer parfois en forêt et jusqu'à d'autres clairières... Parce qu'il y a bien d'autres clairières sur le chemin de l'école, qui proposent souvent des objets plus faciles à découvrir et plus immédiatement accessibles, et d'autres dans lesquelles ils sont retenus, prisonniers de broussailles dont ils peinent à se dégager. Ils s'égarent dans ces autres clairières parfois un moment, parfois longuement, même lorsqu'ils étaient fort déterminés à nous rejoindre.
Parfois, après avoir flâné un peu trop longtemps, ils ne disposent plus de l'énergie nécessaire pour reprendre la route, ou n'osent simplement plus revenir.
Il faut alors leur faire savoir qu'ils sont et seront toujours les bienvenus, qu'ils peuvent trouver une main pour les guider quand ils ne trouvent plus le chemin, que nous pouvons refaire un bout de la route avec eux, que nous sommes disponibles pour réapprendre tout doucement avec eux à "goûter" la lumière que constituent les savoirs scolaires, sans jamais mentir sur l'exigence de ce que nous offrons.
Ils ne se ressemblent pas, mais ils ont souvent en commun une histoire qui les aspire sans cesse vers un ailleurs qui les fascine autant qu'il les effraye. Ils nous demandent de les aider à tenir, à résister, pour pouvoir prendre un moment d'école avec nous.
Mais tout se rejoue sans cesse, ils sont souvent piégés dans la répétition. Et nous, parfois, avec eux. Chaque fois, l'issue reste incertaine.
Ils ne savent plus trop comment faire pour goûter à l'école qu'ils avaient quittée, mais ils le veulent vraiment. Ils sont terriblement attachants dans leur maladresse et le bout de chemin que nous faisons avec eux est plein d'une humanité qui nous porte.
Nous retrouvons parfois même, avec eux, le chemin d'une école que nous avions nous-même presque oubliée.